Quand brûlent nos tourbières

Benjamin Clarysse, président de la Coalition Climat

19 augustus 2026 – Le sud de l’Europe brûle depuis le début de l’été. Toutes les régions du pourtour méditerranéen sont frappées par les flammes. En Belgique, la canicule la plus meurtrière jamais connue a emporté dans le plus grand silence deux mille compatriotes. Elle n’aura été que le prélude du plus vaste feu de forêts de notre histoire.

Au risque d’enfoncer une porte ouverte : notre pays n’ est absolument pas préparé à faire face à ce genre de catastrophe. Croyez-le ou non, la Belgique compte parmi les régions les plus pauvres en eau et est un des plus vulnérables à la sécheresse d’Europe. Notre eau est consommée, gaspillée, évaporée sur des étendues de béton qui ne cessent de s’étendre, sans jamais pénétrer nos sols et nos bassins versants desséchés jusqu’à la moelle. Les dommages causés à l’humain, à la nature et à l’économie se chiffrent en milliards.

L’été 2026 est une catastrophe et un traumatisme, mais il n’a rien d’inattendu. Nous en connaissons la cause depuis des décennies. Tant que nous continuerons à brûler des combustibles fossiles, nous attiserons cette crise climatique. L’incendie des Hautes Fagnes expose de façon tragique comment tout ceci renforce un cycle qui s’auto-entretient.

D’autres pays européens, L’Espagne première grande brûlée, ont érigé le changement climatique comme priorité pour la sécurité nationale. Chez nous, c’est le silence qui prime. Le Premier ministre Bart De Wever invoque les dieux de la météo depuis le Japon, tandis que nos ministres du Climat font preuve d’un mutisme assourdissant.

Ce mutisme est une honte. Particulièrement au regard du fait que les citoyens de notre pays réclament depuis des années davantage d’action en faveur du climat. Depuis plus de dix ans, notre pays connaît une vague ininterrompue de marches pour le climat. L’an dernier encore, nous étions trente mille à Bruxelles, et la prochaine manifestation de la Coalition Climat, qui fédère une centaine d’organisations, est déjà en ordre de bataille.

Sondage après sondage, ressurgit le fait qu’une large majorité de Belges s’inquiète du climat et juge la politique climatique actuelle insuffisante. Et pourtant, année après année se confirment que les responsables politiques sous-estiment l’importance de ces enjeux et du soutien associés. Les milliers de morts de la chaleur et les hectares de nature partis en fumée y changeront-ils enfin quelque chose ?

Il faut sortir de ce mutisme qui nous fait honte. Et désormais il est temps d’agir : sur le terrain, avec une politique résolue et les moyens nécessaires pour tenir ses promesses. Les occasions ne manqueront pas à nos décideurs de montrer que le message passe enfin. En matière de politique climatique, 2026 est une véritable année charnière.

Des négociations budgétaires historiques s’annoncent. Les discussions sur le prochain plan national énergie-climat s’ouvriront bientôt et le monde politique devra se pencher sur des textes cruciaux comme, par exemple, le plan de restauration de la nature. À l’échelon européen, on posera cet automne les fondations de la politique environnementale des quinze prochaines années.

Jusqu’ici, les perspectives n’avaient rien d’encourageant. Des acquis environnementaux chèrement conquis sont sous le feu. Des décisions de justice sont ouvertement bafouées. Les budgets se réduisent, nos objectifs climatiques dérivent toujours plus loin et semblent pour certains déjà hors de vue, le filet social censé accompagner cette transition se vide jour après jour de sa substance. Et dans le même temps, les derniers chiffres au niveau fédéral montrent que la Belgique consacre encore plus de 2% de son PIB aux subsides fossiles.

Nous savons ce qu’il faut faire. Une vague de rénovation à grande échelle couplée à l’arrêt de la bétonisation. Une sortie rapide des subsides fossiles, couplée à une politique énergétique socialement juste. Une réglementation claire, qui organise méthodiquement la sortie des combustibles fossiles. Une transition juste pour les travailleurs, avec une politique industrielle qui met en pratique des aides publiques conditionnées à des engagements non-négociables. Des transports abordables et collectifs. Développer à toute vitesse un système énergétique flexible et renouvelable. Et de manière plus évidente et nécessaire que jamais après cet été : la restauration des écosystèmes naturels qui forment le socle de notre bien-être et de notre prospérité.

Tout cela, non pas seulement dans notre propre jardin. Mais comme part d’un effort collectif, européen et international. Car c’est là une autre leçon de cet été : ces foyers, nous ne pouvons en venir à bout seuls. Sans coopération, coordination et solidarité, la cause est perdue.

Après l’« Antwerp Declaration », par laquelle l’ensemble du monde politique belge et européen tendait la main à une industrie lourde paniquée, nous attendons donc sous peu une «Déclaration des Hautes Fagnes». Pour affronter ensemble cette crise climatique. Avec des mots et des actes.

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